Comme un coq en pate !

Publié le par bienvenuechezlesfous

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            Mais non ! Je suis vraiment très con !

Il doit y avoir plusieurs malades par toubib. Mettons que chaque psy s'occupe d'une vingtaine de fêlés, ça tourne tout de même à vingt fois vingt, quatre cents, auxquels j'enlève les jours fériés, les vacances et les arrêts maladies, auxquels je peux rajouter les journées où deux idées se pointent au même moment et je crois qu'on peut arrondir à l'aise à une moyenne d'une idée par journée de travail, le tout lissé sur l'année civile, c'est quand même beaucoup plus réaliste et raisonnable.

Trois semaines ! ça fait quand même sacrément long. Mais je tiendrai, il le faut.

- Est-ce qu'on a le droit de sortir ?

Pourquoi n'ai-je pas demandé si j'aurai, moi, le droit de sortir ou pas ? On fait ce qu'il veut, cela ne me regarde pas. Je n'en ai rien à branler de ce qu'on a le droit de faire. On peut très bien rester claquemuré ici jusqu'à perpette, je s'en bat les nouilles avec une porte à tambour. Alors pourquoi je s'intéresse-t-il tant à ce qu'on fait ?

Je me le demande et je me réponds : Je suis un sacré trouillard. J'ai tellement peur de la réponse qui va être faite à ma demande que je préfère largement faire semblant de m'intéresser aux autres en général et à on en particulier, qu'à moi précisément. Je suis lâche, apeuré, veule, craintif, timoré, tremblant et tout et tout, alors, je préfère m'interroger sur le sort d'un pronom indéfini plutôt que de chercher ce qu'il va advenir de moi-même. C'est pourtant assez simple, en fait.

- Pour les sorties, Il faudra voir avec le médecin, c'est lui qui décide, évidemment. Nous, on applique ce qu'il a décidé, c'est tout.

C'est tellement simple qu'il a deviné tout de suite. Sa réponse s'adressait directement à moi sans la plus petite trace d'équivoque. Bien fait pour moi. Ce n'est pas ici que je pourrai user de mes habituels faux-fuyants.

- La première semaine, en tous cas, vous n'aurez pas le droit de sortir.

- Et si…

- Et si vous voulez sortir sans autorisation du médecin, nous nous donnerons les moyens de faire respecter ses prescriptions.

- Quelque chose en forme de chambre seule avec des murs capitonnés, si je comprends bien.

- Les murs ne sont pas capitonnés, mais nous avons ce qu'il faut.

- Bien. Je comprends. C'est parfait. Je n'attendais pas autre chose.

Qu'est-ce que je raconte ? Je suis complètement fou ! Ce type m'annonce posément qu'il va me passer une camisole de force et un entonnoir à la première incartade, et je le remercie chaudement de sa sollicitude ! Je le félicite. Jeune homme, je n'en attendais pas moins de vous. Vous êtes un garçon formidable.

Pas à dire, je suis cintré ! Ma place est donc bien ici. C.Q.F.D. Quod erat demonstrandum. Fermez le ban.

- Les repas sont servis à heures fixes dans la salle à manger. Si vous n'y venez pas ou si vous arrivez en retard, vous sautez le repas. C'est tout. Le petit déjeuner est servi de huit heures à huit heures et demie. Après, c'est trop tard. Le repas de midi est à midi, évidemment. Il y a un quatre heures à trois heures et demie pour ceux qui veulent. Des cafés ou du chocolat chaud avec un petit gâteau. Le repas du soir est servi à six heures et demie. C'est un peu tôt, évidemment, mais c'est à cause des services.

- Oui, forcément, je comprends, c'est normal.

Voilà que cela me reprend : J'abonde en son sens avec un talent inné pour la servilité qui me couvre de honte. Les services, oui, bien sûr, cela va sans dire. S'il vous prenait inopinément la fantaisie de grouper, pour des raisons de service, s'entend, tous les repas en un seul entre dix heures et midi, croyez bien que je ne saurais qu'approuver chaudement cet aménagement rationnel du temps d'alimentation.

Je suis le lèche-bottes étalon ! J'exige qu'une place sous un joli globe de cristal me soit offerte au musée de Sèvre, à égales distances entre le mètre et le litre révolutionnaire. A l'instar de Beaufort ou Richter, je demande qu'une échelle ouverte à mon nom soit créée pour apprécier l'intensité de la flagornerie. J'y ai droit.

- La nuit, il y a des veilleurs qui veillent. Ils sont deux pour tout le service, mais ils peuvent toujours demander du renfort si nécessaire.

- Evidemment.

Et allez donc ! Vas-y mon gars ! Propose donc de leur donner un petit coup de main, pendant que tu y es. Balaise comme tu es, en ce moment, ce sera très apprécié, sûr !

- Ils arrivent vers huit heures et demie et font la nuit jusqu'à six heures et demie le lendemain. Si vous avez besoin de quelque chose à ce moment là, c'est à eux qu'il faut le demander, évidemment. L'heure du coucher est fixée à la fin de la première partie du programme télé. En gros, entre dix heures et demie et onze heures du soir. Si vous avez droit à des somnifères, c'est le veilleur qui vous les donne. Si le médecin vous en a prescrit, évidemment.

Rien à dire. Je suis dans un quatre étoiles. Moi qui ai toujours regretté de n'avoir pas fait mon service militaire, je vais enfin pouvoir savourer les joies saines et viriles de la vie en communauté. A propos, y a-t-il des manœuvres de nuit de temps en temps ? Rien de spécial ?

 

 

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Publié dans Litterature

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P
<br /> Vos textes me font penser aux miens, même s'ils ne parlent tout à fait de la même chose, et si l'angle de vue n'est pas le même...<br /> <br /> <br /> Décidément j'adore !<br /> <br /> <br />
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