Libération

Publié le par bienvenuechezlesfous

105

 

 

 

 

 

 

 

             Je suis resté là. Toujours sanglé.

Ils ne m'ont pas  cru et ils ne sont pas près de me croire.

Que valent les promesses d'un fou ?

J'étais stupide de supposer qu'il suffisait d'être bien poli et respectueux pour qu'on m'ôtât les ceintures de cuir qui m'interdisent tout mouvement.

Ils ont dû bien se marrer.

J'ai été complètement ridicule, une fois de plus.

C'est bien fait pour moi, d'ailleurs je suis trop nul et je ne mérite même pas le peu d'attention qu'on m'accorde. Je passerai sûrement le reste de ma vie ficelé sur ce lit, et ce ne sera que justice. J'aurai bientôt des escarres plein les fesses et les talons, j'aurai aussi une large tonsure derrière le haut du crâne à force de le frotter sur le drap. Mon peu de muscle va fondre comme du beurre au soleil. Un muscle dont on ne se sert pas perd, paraît-il, chaque jour environ cinq pour cent de sa masse. En même temps, je vais prendre du ventre et d'immondes bajoues. Je serai bien moche, en plus d'être bien con. Bien fait pour ma gueule. Je ne mérite pas  mieux.

Ma femme va se barrer, et elle n'aura que le tort de ne pas l'avoir fait plus tôt.

Je ne verrai plus jamais mes gosses, ce qui leur évitera de subir l'espèce de masse adipeuse que je ne sais quel mauvais sort leur a donné pour père.

Je n'espère qu'une seule chose : si un dieu hypothétique n'avait qu'une grâce unique à m'accorder, ce serait que les miens se détachent de moi au plus vite. Qu'ils m'oublient. Qu'ils m'évacuent comme le souvenir d'une maladie dont on ne doit pas s'encombrer.

Je ne vaux rien.

Je ne suis rien.

Mes yeux ouverts et fixes comme ceux d'un poisson mort regardent sans le voir le plafond blanc dallé que traverse en son centre le gros tube néon qui  brille en grésillant comme une luciole monstrueuse.

La porte s'ouvre de nouveau.

C'est le jeune type au bloc-notes que suit le catcheur en tunique blanche.

Ce dernier reste debout près de la porte alors que l'autre s'approche de moi. Il porte une blouse tâchée en de nombreux endroits et n'a pas dû se raser depuis plus de quarante-huit heures. Il a une tignasse rousse pleine d'épis et certainement moins de trente ans.

- Je vais vous détacher, dit-il sobrement.

Ce qu'il fait en commençant par mes poignets pour terminer par mes chevilles.

- ça va aller ?

- Oui.

Après quoi il ressort tandis que son garde du corps referme la porte.

Je demeure un moment sans bouger sur le dos, les bras le long du corps et les jambes légèrement écartées. Puis, je me tourne sur le ventre, passe mon bras gauche replié sous ma tête et m'endors.

 

 

Vous avez aimé ?

Vous avez détesté ?

Merci de me faire part de vos réactions.

Merci de faire circuler l’adresse de ce blog.

 

Publié dans Litterature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article